81 – 86 – 88 – 90. Il ne s'agit pas là des résultats d'un quelconque loto de campagne mais des âges des victimes d'un artisan jouant sur tous les tableaux de l'arnaque.
Dans la région toulousaine, au Nord-Est de la ville rose, un homme de 32 ans gagnait sa vie en profitant de la vulnérabilité de personnes très âgées. Sous prétexte de travaux divers et d'excuses variées, il a pu soutirer plusieurs milliers d'euros à ses victimes.
L'homme, sans aucun scrupule, s'est en premier lieu présenté en février 2022 au domicile d'une habitante de Montberon. Bien renseigné, il se présente comme étant employé par l'entreprise qui avait refait la toiture de cette maison deux ans auparavant. Il prétend venir faire des vérifications d'usage. Ça c'est du service client !
Avec son échelle, il monte sur le toit, fait son petit cinéma. Hélas, il en redescend avec de bien mauvaises nouvelles, il y a des reprises à faire. L'homme propose un devis de 7 000 euros, que la vieille dame refuse. L'artisan à l'âme charitable revoit ses prétentions à la baisse, ne demandant plus que 4 000 euros.
Il sort un terminal de paiement, ou TPE (50 euros en entrée de gamme, actuellement soldé à 30 dans une grande enseigne), et l'octogénaire de régler 500 euros. Elle se rend ensuite à sa banque, à Castelginest, pour retirer 2 500 euros en espèces. Enfin, la vieille dame rédige 3 chèques, pour un total de 1 000 euros.
Prise de doutes, elle contacte l'entreprise s'étant occupée des précédents travaux. Pas de doute à avoir, elle comprend avoir été abusée, personne n'a été mandaté pour passer chez elle.
Au moment de s'acquitter de la facture, d'un montant de 1 200 euros, le terminal de paiement se met à dysfonctionner. « C'est ballot madame Chombier », diraient les plus moqueurs.
L'octogénaire recommence l'opération, cette fois-ci pour 800 euros. Bien entendu, 2 000 euros ont bien été débité, le monsieur n'a jamais revu ses sous.Même manège chez un autre sénior habitant le secteur : le TPE ne marche pas, il se fait débiter deux fois de 420 euros.
Un mois et demi plus tard, un résident de Saint-Geniès Bellevue, un habitant voit arriver devant chez lui deux hommes et une nacelle : ils se prétendent mandatés par la mairie et doivent effectuer des travaux d'élagage. Heureux hasard du calendrier, la victime se préparait à aller à un enterrement. Elle les laisse donc travailler pendant qu'elle assiste à la cérémonie. À son retour, deux platanes sont élagués, pour un montant de 6 720 euros, alors que les prix pratiqués sur le marché tournent, en fourchette haute, autour des 500 euros par arbre.
L'octogénaire règle 4 720 euros en carte : « paiement refusé ». Il verse 2 000 euros en liquide à l'artisan, et lui rédige un chèque 4 720 euros. Bien entendu, le premier paiement était bien passé. Cette arnaque aura coûté la modique somme de 11 440 euros à ce monsieur.
Le 15 février 2024, le mis en cause ne s'est pas présenté au tribunal car sa femme était en train d'accoucher. De toute façon, pour son avocate, « il n'y a pas d'escroquerie. Les travaux ont été faits. Peut-être pas dans les règles de l'art, mais ils l'ont été ».
Pour ces abus commis sur quatre personnes vulnérables, le tribunal de Toulouse a condamné l'homme à un an de prison… qu'il effectuera sous bracelet électronique, chez lui. Un beau cadeau de naissance, ce congé paternité d'un an !
Une tape sur la main, en somme, pour un homme qui, tranquillement chez lui, aura tout loisir d'imaginer comment continuer son business, pourquoi pas en ligne.
La Dépêche